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Les Chaussures Spring Summer 2016 sont-elles Into the Wild ? #tendances #été2016

« Qui porte des chaussures ignore la souffrance de qui marche pieds nus ». L’auteur de ce proverbe chinois n’a visiblement jamais porté de Louboutin de 15 cm…

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Les escarpins fascinent depuis des siècles. Tenez Cendrillon par exemple : on connaît surtout les versions de Charles Perrault, des frères Grimm, de Disney, d’Annie Leibowitz et de Louboutin. Pourtant, la demoiselle à la pantoufle existe depuis bien plus longtemps, et même avant JC. On retrouve en effet une version puisqu’on la retrouve au 9e siècle av. JC en Asie et dans l’Antiquité sous les traits de Rhodope au 3e siècle av. JC.

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Les talons hauts sont clairement décriés pour leur instabilité et leur caractère inconfortable …Le génial Robin Williams sous les traits de Madame Doubtfire tout comme Candice Swanepoel en ont chacun fait les frais.

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Et si le plat sera à l’honneur au printemps 2016, talons aiguille, bobine et alii ne déparent toutefois toujours pas les catwalk (et en tant qu’amatrice passionnée de talons aiguilles de 12 centimètres minimum je dois dire que m’en voilà pleinement rassurée … !).

Tout en décryptant les tendances des derniers défilés et ce que nous allons porter (ou pas) au retour des beaux jours, essayons de déterminer si la théorie du seuil de nostalgie (dont nous avons déjà parlé) est applicable ou non aux dernières collections.

Examinons déjà le cas de l’ancêtre de la chaussure à talons : la chaussure à plateforme

La chaussure à plateforme on la connaît tous. Aujourd’hui, et notamment lors des derniers défilés Spring Summer 2016, on la trouve plutôt sous forme de compensées, et pour rehausser des talons aiguilles – on reparlera de ces derniers juste après – mais pour autant elle n’est pas si récente : elle a été popularisée dans les 70s, on l’a même retrouvée dans le loft en 2001, et elle connaît un revival avec la mode des creepers (hello Miley Cyrus !). De là à dire que Christian, Jimmy, Giuseppe, Alexander (Mc Queen) et alii font revivre de façon incessante une mode bien ancienne, il n’y a qu’un pas.

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Et ancienne c’est peu dire ! 

Dès l’Antiquité (200 BC), les soldats et les acteurs grecs, étrusques et romains portent déjà des sandales à plateforme en bois ou en liège plus ou moins élevées pour se grandir. Ce sont les cothurnes.

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Sur les podiums cette saison point de cothurnes… mais les référence à l’Antiquité ne sont pas moins présentes avec les spartiates.

Impériales et bohemian (très !) chic chez Alberta Ferretti, classiques chez Ralph Lauren, en plumes (pas emballée par celles-là…) ou agrémentées de perles chez Pucci, printanières et délicates chez Alice Temperley, on les associe à des shorts taille haute en dentelle, jupes et robes courtes ou longues et fluide pour un effet casual tout en féminité.

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Au Moyen-Age arrivent les socques (ci-dessous) dans lesquelles on peut même glisser afin de protéger ses pieds, sabots et chaussures légères. Elles ont une forme plus proche des futurs talons hauts et sont portées par les hommes et les femmes.

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Quel lien avec les derniers défilés ? Eh bien au final les socques ne sont pas s’en rappeler les okobo japonaises. Et comme on ne le répétera jamais assez aujourd’hui, la mode s’intègre clairement dans un monde en expansion, les créateurs semblent nombreux à s’être emparés de l’influence nippone…

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C’est ainsi que les tongs d’inspiration asiatique trouvent toute place sur les catwalks : chez Burberry (ci dessous), la maison britannique bouscule les codes en les associant avec une collection largement romantique mais assez dark et leur offre un twist punk avec une chaîne en métal entrelacée ; de leur côté, Michael Kors , Victoria Beckham (ci dessous)  Thakoon ou de Rag & Bone ont des modèles qui m’évoquent un peu trop des chaussures orthopédiques…

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A partir du 15e siècle arrivent les chopines et là les proportions s’emballent (dans une démesure toute aristocratique).

Elles sont surtout portées par les femmes et leurs hautes semelles – hautes c’est peu dire ! Elles varient entre 17, 20 et 70 cm – permettent aussi de se protéger de la boue et des impuretés.

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Ici ce n’est pas l’esthétique de la silhouette qu’on recherche mais une affirmation sociale. Forcément, on se doute que la démarche n’est pas vraiment aérienne… D’ailleurs, c’est tellement difficile de marcher avec que les coquettes doivent utiliser des cannes voire un domestique pour pouvoir se déplacer. Forcément ce ne sont que les plus hautes classes qui peuvent s’adjoindre le luxe de quelques centimètres supplémentaires, exaltant par la même leur suprématie.

Au final, difficile de croire que ce sont les chopines les ancêtres des créations actuelles … Et pourtant, les créations de prestidigitateurs tels que Zanotti, Berardi, Jeffrey Campbell ou encore Mc Queen (ci dessus), muant Victoria Beckham, Kelly Rowland, Nicki Minaj ou Lady Gaga en mutantes équilibristes semblent bien trouver ici leurs racines …

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La renaissance du talon aiguille en 2016 ?

Même si le plat demeurera particulièrement à l’honneur lors de la saison prochaine, le stiletto, tel qu’on le connaît aujourd’hui, a également des racines très anciennes … et n’est pas prêt de disparaître. Les chevaliers portaient déjà des talons de 2 à 3 cm  pour maintenir leurs pieds dans les étriers. Le talon a donc d’abord été unisexe et pas qu’au 16e siècle. On se rappelle des santiags, des bottines a petits talons portées par les Beatles (ci-dessous), des talons cubains de John Travolta et des escarpins de Vincent Mc Doom (ci-dessous).

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AB production tournage Vincent McDoom 15 09 2011

Pour les femmes, c’est à Catherine de Medicis qu’on doit pour la première fois l’utilisation du talon comme accessoire de mode.

En 1533 pour son mariage avec Henri II, elle demande à un artisan florentin  de lui confectionner une paire de chaussures avec un talon de 5 à 10 cm. C’est celles qui se rapprochent le plus de l’escarpin actuel. L’aspiration de cette jeune fille de 14 ans et 1m50 à peine est somme toute bien proche de celles d’aujourd’hui : se grandir et éclipser (Diane de Poitiers) sa rivale dans le cœur d’Henri II. 

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Et c’est ainsi qu’au 17e comme au 18e siècle, en parfaite application du principe de capillarité, les femmes – mais aussi les hommes – imitent la monarchie et continuent de porter des talons en signe de noblesse.

C’est bien cette influence que l’on retrouve dans les derniers défilés, notamment dans les mules au parfum baroques de Gucci lors du dernier défilé de la marque. De mon côté, si je trouve le talon bijou incrusté de perles plutôt audacieux et intéressant, je dois dire que la forme des souliers me convainc moins, l’impact demeurant à mon sens un peu trop lourd pour la silhouette.

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Mais, comme souvent dans la mode ce sont les événements économiques, sociaux et politiques qui dictent les tendances et dans les tendances féminines, la Révolution Française va jouer un rôle important.

C’est juchée sur des talons que Marie-Antoinette sera conduite à la guillotine. Avec la chute de la monarchie française, on constate alors non seulement un rejet des valeurs et du cadre aristocratique, mais aussi de ses habitudes vestimentaires. C’est ainsi que le port des talons va largement décliner, fort d’une exacerbation des principes d’égalité, des droits de l’homme et des principes rousseauistes de l’ordre naturel.

Mais comme des épaulettes XXL des 80s , les phénomènes de mode, peuvent pâlir, jusqu’à presque disparaître, mais renaissent bien souvent de leurs cendres (et on verra que c’est le cas même quand cela ne devrait pas forcément l’être…). C’est le cas pour les talons.

On les retrouve pour les femmes à partir du 19e siècle à l’ère Victorienne (ci dessous).

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Et cette fois ci, c’est une vraie consécration : aucun modèle ne ressemble à un autre, la machine à coudre qui vient juste d’être inventée permet la réalisation des plus beaux modèles, on loue sans ironie les talons pour leurs bénéfices ostéopathiques pour le dos, et bottes et bottines lacées et vertigineuses portées sous la crinoline mettent en avant la délicatesse de l’arche du pied.

Et l’inspiration d’être également bien présente sur les catwalks :

Si Marc Jacobs s’inspire des années folles de Gatsby avec de ravissants escarpins années 20, il fait également porter à ses mannequins des bottines au petit talon bobine 19e  mais avec un twist tout à fait propre à l’inventivité de l’homme au tatouage de sofa (ci dessous). Givenchy va encore plus loin avec de superbes boots graphiques, mixant mules 14e et bottines 19e ouvertes au talon pour un effet design résolument 21e.

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C’est ensuite dans les années 50s, sous l’influence du New Look de Christian Dior, que Roger Vivier va lancer le talon aiguille.

En 1953, il va même créer même pour le couronnement de la reine Elizabeth d’Angleterre le plus beau des accessoires : une paire de sandales en cuir doré au talon incrusté de rubis (ci-dessous). C’est deux ans plus tard qu’apparaît pour la première fois son célèbre talon incurvé vers l’intérieur, signe de talons aiguilles désireux de se prêter désormais à toutes les excentricités.

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Les talons ont alors traversé plusieurs épreuves.

Les faiblesses économiques de la seconde guerre mondiale qui ont conduit les femmes à travailler et par un battement d’aile de papillon, à abandonner temporairement des talons trop hauts et trop fins ; les contestations sociologiques des féministes dans les 60s ; voire des différends matérialiste puisqu’ils seront même bannis de certains immeubles publics dans les 50s en raison des dommages qu’ils causaient au parquet.

Pourtant, les talons hauts n’ont d’accessoire que le nom. 

Touchant à la fois à la sphère esthétique, allongeant la jambe et demeurant objet de fantasme, la sphère économique, en étant, avec les it bags, les éléments les plus attendus, les plus prisés et les plus vendus de chaque collection, la sphère sociologique en permettant bien souvent d’afficher une image sociale bien particulière et un signe de reconnaissance, mais aussi et surtout la sphère artistique. En témoignent des escarpins de plus en plus fous, portés par les plus grandes stars, mais faisant aussi du streetstyle un véritable happening artistique (il suffit de regarder le nombre de photos d’escarpins sur Instagram …! Et d’ailleurs en parlant d’Instagram, n’oubliez pas d’aller me suivre !).

En témoignent cette saison les escarpins vertigieux et graphiques de Dsquared2, mais aussi la nouvelle collection Prada, qui mêle les kitten heels (hauteur favorite de Michelle Obama), escarpins fortement colorés et bien utiles avec le bout intégré pour marcher dans l’herbe (ci dessous), mais aussi de magnifiques bottes plates graphiques parfaites avec n’importe quelle tenue.

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Enfin, si Moschino ne change pas de son habitude et poursuit dans l’originalité avec des sacs en forme de panneaux de signalisation, Versace allonge les silhouettes par des talons épais, vertigineux, graphiques et et à la démesure étonnamment plaisante.

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Et là encore, l’inspiration asiatique de se faire encore sentir avec les chaussettes associées aux sandales (Versace). Une tendance vue d’un œil sceptique de premier abord, mais susceptible de dévoiler un potentiel intéressant … Après tout Laurent Cotta, conservateur au Palais Galliera n’a t il par parlé à son propos de « charge érotique par l’absurde » ? Encore faut-il toutefois que le modèle des chaussures s’y prête, et une telle association ne semble sinon devoir être limitée aux podiums et aux fashion events voire à certains looks très pointus, mais surtout associée à des escarpins ou sandales exaltant une féminité très exacerbée voire à la limite de la provocation…

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