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La Cravate est-elle Plus qu’un Simple Accessoire ? #ModeHomme

Accessoire usuel de la mode, souvent galvaudée, voire négligée, la cravate est pourtant un accessoire présent dans la majorité des défilés de mode masculine.

De ce fait, si elle concurrence le nœud-papillon comme accessoire du costume pour les grandes occasion, elle reste un élément de la tenue habituelle voire  règlementaire de certaines professions … ce qui n’est pas sans parfois lui conférer un côté bien austère. 

On ne le sait que peu … mais la cravate a une origine clairement militaire

S’il a fallu attendre le milieu des 70s pour que les chinois découvrent la tombe de l’empereur Qin Shihuangdi et s’aperçoivent qu’en 247 avant JC les soldats grandeur nature en terre cuite enterrés avec lui portaient déjà un foulard autour du cou, s’apparentant de loin à une cravate (ci dessous), si les légionnaires portaient quant à eux le focale pour se protéger du froid dans la Rome antique, l’origine la plus directe de la cravate semble plutôt venir du XVIIe siècle.

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En réalité, on trouve des traces du mot cravate dès le 14ème siècle, et cela aussi bien en France qu’en Italie, notamment dans les écrits de l’auteur Eustache Deschamps.

Portée à l’origine par les soldats pour se protéger du froid (foulard blanc noué), la cravate apparaît en France sous le règne de Louis XIII. Le twist ici vient directement de la nationalité de ces soldats : croates (croates/cravates/hrvat).

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Et ce foulard noué n’est pas sans rappeler la cravate foulard proposée par Hermès dès l’été 2010, surfant sur une tendance chic, décontractée, mais toujours trendy … encore très actuelle. 

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La cravate à la Cour du Roi Soleil

 

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Comme bien souvent, la mode trouve son inspiration dans un terreau improbable. L’austère foulard blanc noué va vite quitter les champs de bataille pour devenir vers 1650, le nouvel accessoire edgy à la cour de France.

Bien entendu, loin est encore le temps du 19ème siècle où le luxe équivaut à plus de sobriété. A la Cour du Roi Soleil (le Kanye West de l’époque), les femmes comme les hommes rivalisent d’audace stylistique, irradiant le luxe dans un panache éclatant. Pas question donc de dépareiller une tenue faite de brocarts chatoyants, pierres précieuses, draperies et broderies décadentes avec un accessoire aussi austère. La cravate, enroulée autour du cou et nouée sur le devant (en laissant pendre les deux extrémités) se pare alors de dentelles et de rubans multicolores.

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Et loin d’être reléguée à des temps lointains, cette extravagance se retrouve pourtant sur les catwalks, citons, à titre non exhaustif les plastrons cravate strassés couvrant le cou des mannequins chez Man, ou bien encore l’interprétation bien plus littérale réalisée par Moschino de la Cour de Versailles dans sa collection Fall Winter 2016.

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De l’apparat politique au dandysme des podiums du XXIe siècle

Loin de se révéler une mode passagère la mode de la cravate va même gagner toute l’Europe, portée majoritairement par les dandys, et les styles vont se succéder (la Steinkerque, le stock au 18ème siècle, qui sera elle-même remplacée par l’ajout d’un ruban noir maintenant les cheveux)

Dès 1789, et pendant la révolution française, la cravate, loin de disparaître, devient un accessoire politique. En fonction de la couleur de celle-ci, on affiche sa tendance.

Toutefois, ce n’est véritablement qu’au XIXe siècle que la cravate va vraiment redevenir un accessoire de mode et non plus un étendard politique et militaire. Ici le Kaiser précurseur n’est pas Louis 14 ni même Lagerfeld, mais George Brummell, illustre figure du dandysme anglais.

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La dernière étape vers la naissance de la cravate actuelle viendra du cravatier new-yorkais Jesse Langdorf. Celui-ci aura l’idée au milieu des 1920s, alors que en pleine ère industrielle et de New Look, d’une cravate plus simple, moins sophistiquée, plus longue et plus moderne, somme toute conforme à ce que l’on retrouve sur les podiums cette saison comme chez Dior ou Matthew Miller.

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Un élément du vestiaire féminin ? 

Et si elle reste un élément empreint de conformisme des tenues réglementaires de certaines professions (surtout depuis les années 1980), son style évoluera peu par la suite (elle variera essentiellement en largeur a partir des années 1960).

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Toutefois, si elle reste souvent perçue comme un signe de distinction sociale, elle se fait aussi accessoire psychédélique, en témoignent certaines associations incongrues réalisées par Versace (ci dessus), ou encore les couleurs criantes chez Moschino,

elle devient pourtant un élément ponctuel mais notable du vestiaire féminin, manifestant par là même toute la mouvance que l’on connaît dans la mode.

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