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Fashion is Not a Law #loidelamode

Bien loin de sortir des limbes des esprits des créateurs, les tendances sont essentiellement liées à ce que le sociologue Herbert Blumer a appeléZeitgeist (1969), c’est-à-dire l’esprit du temps.

Autrement-dit, les créations des catwalks sont directement et intrinsèquement liées à un certain nombre de facteurs inhérents à l’époque dans elles prennent place : en particulier les contraintes économiques, l’évolution des mœurs et une certaine psychologie sociale. Cela explique pourquoi certaines pièces demeurent spécifiques à certaines zones géographiques voire temporelles.

Pour donner un exemple ?

A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, en 1947, un Christian Dior encore inconnu cherchant à ouvrir sa maison de couture mais manquant de financements pour démarrer, songe alors à s’associer avec un entrepreneur textile, Marcel Boussac. Ce dernier lui demande toutefois d’utiliser beaucoup de matière, générant par là un problème de taille : comment créer une ligne esthétique en utilisant le plus de tissus possible ? Or, au même moment, se tient à Paris une exposition sur la Belle époque. Il n’en faut pas plus à Dior pour avoir son sujet d’inspiration. L’éditrice en chef de l’époque de Harpers’Bazaar, Carmel Snow parle alors de « New look » créé par celui-ci pour les femmes.

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(Et mon interprétation actuelle du New Look en Ralph Lauren)

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C’est d’ailleurs en clin d’oeil au New Look que Raf Simmons a accroché à ses mannequins lors du dernier défilé Spring-Summer du vendredi 2 octobre dernier des foulards-bijou ras du cou avec un pendentif « 47 » descendant sur la clavicule.

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Pour revenir au New Look, c’est là la naissance d’une nouvelle tendance, qui marque aussi la fin d’un époque : les deux décennies précédentes, marquées par la rigueur de la guerre, le travail dans les usines et les restrictions économiques ont appauvri les silhouettes. La société ouvre alors grand les bras à un changement radical marquant par là même la sortie du temps de la sobriété.

Difficile au final de déterminer ce que l’on appelle exactement le bon goût, puisque celui-ci est liée à la tendance de l’époque, rapidement démodée mais renaissant à la faveur d’un œil et d’une vision nouvelle.

Une interprétation intéressante a été développée par l’historien James Laver dans son ouvrage Taste and Fashion (1937). Selon lui, les tendances suivent une timeline très précise.

Une tendance :

10 ans avant est indécente

5 ans avant est dévergondée

1 an avant audacieuse

1 an après son apparition est démodée

10 ans après est hideuse

20 ans après est ridicule

30 ans après est amusante

50 ans après est pittoresque

70 ans après est charmante

100 ans après est romantique

150 ans après est belle

De notre côté, nous appellerons ça le seuil de nostalgie.

Autrement-dit : à partir de quel moment une tendance démodée (voire ridicule) redevient-elle fashion?

Passons sur les tendances antérieures aux années 80 que nous retrouverons dans de prochains articles.

Si l’on suit la théorie de Laver, nous risquons donc théoriquement d’attendre pour retrouver :

  • Les ravissants et très structurés styles Tecktonik et Emo des années 2000

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  • Quelques éléments fabuleux du dressing des années 90 :

    le chouchou, les Dc Martens, le baggy à poches associé aux débardeurs moulants et crop top (hello Britney !), les cheveux gaufrés, banane et bandanas ou encore la casquette portée sur le côté

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  • On se souvient aussi du total look jean du cast de Beverly Hills ou du couple un peu oublié, Britney – Justin Timberlake

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  • Pour finir, on rappellera également que le makeup nacré fait encore figure de fashion faux pas.

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    Il est d’ailleurs significatif qu’il soit  rappelé en ces termes dans le n° 961 de Vogue : « La femmes des années 80 mise tout sur son maquillage, sa coiffure et ses bijoux, pour une allure de Barbie enchantée. Côté rouge à lèvre, c’est une déferlante de tons nacrés, de rose pastel, saumons irisés, fuchsias laqués auxquels répondent des fards à paupière ton sur ton, sous un sourcil prononcé et soigneusement brossé».

Il semble toutefois que si le timeline était certainement juste en 1945 – et se confirme pour les chaussures des défilés -, 70 ans plus tard le turnover semble toutefois plus rapide pour nombre de tendances… à moins que le seuil de nostalgie ne soit en réalité moins élevé pour certains.

C’est ainsi que l’on retrouve sur les podiums récemment (et tout récemment avec le dernier défilé Dior !) le crop top.

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On le porte évidemment un peu moins crop que dans les 90s et on évite l’association aux jeans taille basse comme Britney puisqu’on le porte avec pantalon ou jupe toujours taille haute et de préférence longue pour la jupe pour jouer sur les contrastes et allonger la silhouette.

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Et ce n’est pas tout !

Et ce n’est pas tout !en éponge jaune poussin n’a pas encore (heureusement !) rejoint nos penderies, Nadège ­Vanhee-Cybulski et Phoebe Philo (respectivement directrices artistiques chez Hermes & Céline) ont porté les baskets précitées pour saluer aux derniers défilés Fall Winter 2015. On se rappelle également de la collection Stan Smith créée par Raf Simons, ex directeur artistique de Dior, pour la saison Spring-Summer 2015 (gros crush pour les silver !) En définitive, exit les escarpins, vive le street wear !

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Les baskets ont donc définitivement rejoint nos penderies. Et même si je demeure une amatrice obsessionnelle des talons aiguille de 12 cm, j’aime adopter parfois un look plus casual en associant de jolis sneakers avec une robe. On la choisit de préférence courte (ou du moins au dessus du genou) pour ne pas tasser la silhouette.

Plus encore, les cheveux gaufrés que l’on croyait réservés à Lââm réapparaissent sur les podium … ainsi qu’en témoignent les catwalks londonien de l’année dernière chez Alberto Zambelli.

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Le jean sous toutes ses formes retrouve également ses lettres de noblesse : bien loin du total look du couple Spears-Timberlake en des temps fort reculés, la veste en jean brille de mille feux chez Proenza Schouler, Marc by Marc Jacobs, Julia Watanabe, Comme des Garçons, House of Holland, Burberry et apparaît en sans faute chez la top Miranda Kerr.

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De la même façon, le jean taille haute 2015 se démarque du modèle pas très seyant (c’est un euphémisme…) porté dans Beverly Hills par une couple plus slim mettant davantage en valeur les jambes ainsi que la taille.

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Quant aux Buffalo, elles sont encore en vente… pour le meilleur ou pour le pire …

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Plus encore, si l’époque des supermodels – Linda Evangelista, Cindy Crawford, Helena Christensen, Tatjana Patitz -, semble à priori dépassée,

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et que Vogue a pu dire que « la bascule (vers une nouvelle ère des supermodels) a été incarnée par une crevette nommée Kate Moss, issue du courant supermodels, mais qui va le pervertir en popularisant d’autres corps, moins parfaits, moins grands, plus sombres, plus torturés », les Angels de Victoria’s Secret semblent pourtant faire mentir les apparences.

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En conclusion, si la mode n’est pas une science, les interrogations sont toujours à être levées sur sa nature.

Si bien qu’appréhendée souvent comme un art, envisagée comme un spectacle, admirée comme une idole, ne serait-elle pas en réalité, et bien plus simplement… un jeu d’enfant ?

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