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The Butterfly Effect

On l’a dit, entre science fiction et mode, il n’y a qu’un pas. Si les textiles dits “sensibles” réagissent à leur environnement et à leur porteur, les tissus et les atours savent également se faire instruments de rêve.

Loin de considérations utiles, c’est aujourd’hui le rêve et le merveilleux qui rejoignent désormais les podium.

La mode : une frontière avec le merveilleux

En 2003 déjà, la créatrice Elisabeth de Senneville créait un  vêtement « doublé de fil d’argent pour dévier les ondes magnétiques des téléphones portables, des cristaux liquides posés sur le col et les manches, qui, via des fibres optiques, emmagasinent la lumière du jour pour la restituer la nuit » (ci dessous).

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C’est ainsi que la technologie Luminex (utilisée par exemple par la créatrice Francesca Castagnacci – ci-dessus) ou Philips avec son Projet Skin Probe (ci-dessous) présenté il y a quelques temps  semblent en passent de détrôner certains des plus grands couturiers par leurs créations miroitantes où la couture et la technologie côtoient sans peine le merveilleux : les capteurs biométriques de l’incroyable création Philips intégrés sur la robe prennent la mesure des mouvements, de la température et des pulsations cardiaques du porteur … et donc de ses émotions. Les données sont ensuite retransmises par les LED brodées sur le tissu permettant à celui-ci d’évoluer en fonction de l’environnement ressenti du mannequin.

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La mode : un appel à la sensualité

Si la mode est, on le sait, vecteur incontestable de sensualité, les nouvelles techniques mises en œuvre permettent de l’exprimer de façon encore plus aigue.

En témoigne la créatrice Maggie Orth :  » Les textiles électroniques juxtaposent deux mondes d’apparence opposée : les textiles que l’on considère comme faits de façon artisanale, décoratifs et féminins ; et la technologie informatique, envisagée comme issue d’uen production de masse, fonctionnelle et masculine ». Elle ajoute « travailler dans les textiles me permet de transformer physiquement la technologie en la faisant passer de quelque chose de fonctionnel, produit en masse … en quelque chose de doux, sensuel et intime« .

Et la sensualité de demeurer bien présente à travers les techniques : non seulement la technologie met elle au service de la mode des textiles réagissant à la chaleur et aux émotions, on l’a vu également avec le Skin Probe Project de Philips, mais encore plus surprenant, la création elle-même fait désormais corps avec les chairs.

Les exemples les plus frappant sont probablement celui du “Spray-on fabric” créés par Fabrican : une une bombe de “tissu” qui se vaporise directement sur le corps, dont on peut moduler l’épaisseur (ci-dessous).

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Plus fou encore, le Project intimacy de Studio Roosegaarde qui s’aventure encore plus loin dans le lien au premier abord incongru entre intimité et technologie. Les robes sont faites de feuilles connectées initialement opaques, mais qui deviennent peu à peu transparentes en fonction des interactions sociales et  – comme chez Philips – de la fréquence cardiaque de celui ou celle qui les portent.

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La mode : un retour à la nature ?

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Mode et technologie peut-être… mais paradoxalement, c’est pourtant un retour à la nature que semble permettre le déferlement technologique qui submerge aujourd’hui les podiums. Les deux ne sont pourtant pas si antithétiques … En témoigne d’ailleurs le somptueux décor du défilé Dior : un dôme gigantesque dans la Cour du Louvre recouvert de 400 000 fleurs lilas (et la marque n’en est pas à son coup d’essai, on se rappelle du défilé Haute Couture FW 2012).

Prenons par exemple la technologie utilisée par la société Teijin Fibers Limited : l’emploi d’encres thermo-chromiques permet ainsi de modifier la couleur d’un vêtement et de créer un tissu qui s’inspire du chatoiement des ailes d’un papillon.

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Plus encore, on ne peut que saluer le design époustouflant de la créatrice Iris von Herpen conçues grâce à une imprimante 3D, et en collaboration avec des ingénieurs et des chercheurs du MIT. Chaque collection est « la représentation d’un phénomène (scientifique) impalpable ou invisible » ainsi que le relève Wax-science. Sur les catwalks défilent ainsi des robes à la particularité assumée, étranges et flexibles, composées à partir de techniques innovantes. Et si on ne manquera pas de rappeler l’incroyable Splash Dress formée à l’aide d’un pistolet à air chaud, la collection Micro inspirée du microcosme des insectes, le dernier show de la créatrice du 6 octobre dernier a encore une fois été une expression éclatante d’originalité.

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Toutefois, si le magazine Vogue analyse les créations d’Iris Von Herpen comme « une approche expérimentale de la couture où l’imaginaire de la créatrice se conjugue à l’intelligence artificielle d’une technologie digitale », un pallier est encore une fois franchi avec les Biotextiles  de Carole Collet. Loin de faire naître la mode par la technologie, la prochaine étape est d’engendrer la mode grâce à la nature.

C’est ainsi que le projet Biolace a pour ambition, par une altération de l’ADN d’un champs de fraises, de pousser la plante à créer une dentelle tout à fait nouvelle… mais tout à fait naturelle.

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